Rédaction : Christine Desjardins Dt.P., M.Sc.
Article paru dans Le Magazine Cœliaque Québec, Vol 41 N° 2, Automne 2024.
La majorité de nos membres le savent : pour obtenir un diagnostic de maladie coeliaque, il est essentiel de consommer du gluten avant de réaliser les tests de dépistage. Celles et ceux qui l’ont arrêté plusieurs mois avant de consulter leur médecin devront le réintégrer dans leur alimentation pour compléter le processus diagnostique. Or, sa réintroduction cause souvent des malaises si intenses qu’il devient difficile de tenir jusqu’au bout. Si un membre de votre famille doit s’engager dans cette démarche, voici un tour d’horizon des recommandations entourant le challenge au gluten.
L’importance d’obtenir le bon diagnostic avant d’adopter une alimentation sans gluten
L’an dernier, lors d’une conférence offerte par le Celiac Disease Center de l’Université de Chicago, le gastroentérologue Dr Benjamin Lebwohl a expliqué que bon nombre de gens retirent le gluten de leur alimentation, croyant qu’il est responsable de leursproblèmes de santé. Or, a-t-il précisé, le gluten n’est pas toujours en cause. Dans une étude réalisée auprès de 206 sujets ayant cessé le gluten sans diagnostic, il s’est avéré qu’après un challenge au gluten de plusieurs semaines, suivi d’une biopsie duodénale, seulement 15 % étaient atteints de la maladie coeliaque. Si on exclut la sensibilité au gluten non coeliaque qui touche 1 à 6 % de la population, ces résultats démontrent que plusieurs se privent inutilement de nombreux aliments. Quand on sait à quel point l’alimentation sans gluten est complexe, affectant autant la vie familiale et sociale que la santé nutritionnelle, l’expert est d’avis qu’il faut aller au bout du processus diagnostique, dans la mesure du possible. De plus, en éliminant la maladie coeliaque, le médecin peut diriger ses investigations vers d’autres pathologies.
Un protocole à éviter dans certaines situations
Il y a des cas où le challenge au gluten n’est pas recommandé, a mentionné le gastroentérologue : durant la grossesse, pour ne pas nuire au foetus, dans les cas de symptômes extrêmement sévères à la reprise du gluten ou chez les individus qui présententdes symptômes neurologiques, par exemple. Et il y en a toujours qui ne voudront jamais réincorporer le gluten pour différentes raisons, même si des tests de dépistage de maladie coeliaque s’avéraient négatifs. Il y a donc lieu de se questionner s’il est judicieux de les faire passer à travers cette longue démarche. Chaque situation est unique : l’important est d’avoir une discussion ouverte avec son médecin afin de déterminer la pertinence d’un challenge au gluten.
Quantité de gluten et durée du protocole
Portions équivalant à environ 3 g de gluten
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La plupart des spécialistes en maladie coeliaque s’entendent pour dire qu’un minimum de 3 g de gluten (voir le tableau) par jour est requis, mais la durée idéale du challenge demeure incertaine. Une chose est sûre : plus il est étalé, meilleures sont les chances d’obtenir des résultats fiables. La muqueuse intestinale et encore davantage les anticorps mettent du temps à changer après l’introduction du gluten. Si la période de réintroduction est insuffisante, on risque de passer à côté du diagnostic.
Le Dr Lebwohl a précisé que le type de symptômes ainsi que leur intensité varient d’une personne à l’autre.Ils sont souvent pires les premiers jours de la réintroduction. Pour les gens très symptomatiques, il suggère donc de commencer par de petites doses de gluten et d’augmenter graduellement. Il mentionne aussi que ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour consommer des mets composés d’aliments plus difficiles à digérer comme une pizza dont les charcuteries et les oignons pourraient accroître les inconforts associés à l’ingestion du gluten dans la pâte. Selon les lignes directrices du Collège américain de gastroentérologie, on peut également envisager une biopsie intestinale deux semaines après le début du challenge chez les personnes qui réagissent fortement, car des changements dans la muqueuse sont parfois déjà visibles après ce laps de temps.
Notre comité scientifique a émis une recommandation sur le challenge au gluten que l’on retrouve dans l’outil Diagnostiquer la maladie coeliaque, étape par étape. Avant de procéder, nous recommandons de faire un typage des HLA DQ2 et DQ8. Si la personne n’est pas porteuse de ces marqueurs génétiques, le médecin peut exclure à 99.5 % la maladie coeliaque. Mais si elle l’est, on lui suggérera alors de consommer 3 g de gluten par jour pour un minimum de 4 à 8 semaines avant d’entreprendre les tests de dépistage (prise de sang et/ou biopsie intestinale selon le cas).
En conclusion
Si vous connaissez quelqu’un qui n’a pas obtenu de diagnostic formel et souhaite aller au bout du processus, dites-lui d’en discuter avec son médecin, nutritionniste ou de communiquer avec Coeliaque Québec afin d’être guidé dans ce processus.

