Vivement une allocation fixe pour les adultes

Rédaction : Annie Girard, journaliste indépendante

Article paru dans Le Magazine Cœliaque Québec Vol 38 N° 3 Hiver 2021 

 

Les impacts de la maladie cœliaque sur les habitudes de vie et le coût des aliments SANS GLUTEN sont majeurs. Un allègement fiscal comme une allocation fixe pour soutenir les adultes atteints s’avère indispensable. Des démarches en ce sens ont été entreprises en 2018 et nous sommes heureux de partager avec vous où elles en sont aujourd’hui.

 

Pétition

Le dépôt de la pétition pour le Maintien de l’allocation pour le traitement de la maladie cœliaque pour les personnes âgées de 18 ans et plus a motivé les troupes chez Cœliaque Québec. Actuellement, une allocation annuelle de quelque 2 376 $ est offerte aux parents de mineur cœliaque grâce au supplément pour enfant handicapé. Quant aux adultes, ils peuvent inscrire, dans leur déclaration de revenus, des frais supplémentaires pour l’achat d’aliments SANS GLUTEN à titre de dépenses admissibles donnant droit au crédit d’impôt pour frais médicaux. Il n’en reste pas moins qu’amasser les reçus et les comptabiliser demeure compliqué et injuste pour certains étudiants ou pour des personnes vulnérables et à faible revenu. « Une personne ayant comme seul problème de santé la maladie cœliaque, avec un revenu annuel moyen de 50 000 $ dont 13 % sont octroyés à l’épicerie et dont 22 % de ce 13 % servent à l’achat de produits SANS GLUTEN, ne pourra pas obtenir le minimum néces- saire pour obtenir un crédit d’impôt, explique Edith Lalanne, directrice générale de Cœliaque Québec. Nous demandons donc de poursuivre l’al- location mensuelle fixe au-delà de 18 ans. Ce travail constitue une priorité pour notre organisme. »

 

Il y a de l’espoir…

En août 2021, Cœliaque Québec dépo- sait un mémoire auprès du minis- tère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) afin que les bénéficiaires de l’aide sociale reçoivent une prestation spéciale bonifiant le soutien déjà offert. Plus tard, le conseiller politique du ministre a annoncé que le ministère menait des travaux de révision de ses prestations spéciales. La couverture des besoins alimentaires spéciaux pour les pres- tataires de l’assistance sociale devant suivre une diète exempte de gluten y sera notamment réexaminée. « Bonne nouvelle!, s’exclame Mme Lalanne. Nous saluons son leadership et espé- rons que les résultats des travaux seront bientôt disponibles. »


À la mi-septembre, Marie Montpetit, députée de Maurice-Richard et porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et des services sociaux, qui marrainait la pétition déposée en mai sur le site de l’As- semblée nationale, posait un geste concret en déposant la pétition de plus de 5 800 signatures. « Notre objectif de 5 000 signatures a été atteint, constate Mme Lalanne. Même s’il reste complexe de mesurer la progression du dossier, nous béné- ficions d’un appui significatif. Marie Montpetit a d’ailleurs partagé plus tard sur ses réseaux sociaux une publication soulignant l’importance pour le gouvernement de poursuivre l’allocation mensuelle fixe après 18 ans. » Chaque appui par un poli- tique ou par un membre permet de nous concentrer sur les objectifs et les efforts. Depuis, les démarches auprès des divers ministères (MTESS et Finances) et auprès de l’opposition officielle se sont multipliées. « Dans nos communications, nous leur expri- mons notre volonté d’offrir un traite- ment plus accessible et équitable aux personnes cœliaques de tous âges, ajoute la directrice générale de l’or- ganisme. Nous serons également prêts à collaborer avec eux le moment venu». Seule ombre au tableau, à la fin septembre, la directrice adjointe du cabinet du ministre des Finances refu- sait une rencontre entre ce dernier et Cœliaque Québec pour discuter de l’octroi de l’allocation mensuelle. Déception, mais l’équipe garde le cap.
 

Le coût des aliments SANS GLUTEN

L’achat de produits SANS GLUTEN fait grimper la facture alimentaire. Catherine Boyer, stagiaire en nutrition chez Cœliaque Québec, a récemment procédé à une analyse comparative des coûts des aliments courants (ayant du gluten) de ceux portant une mention SANS GLUTEN. Son étude, réalisée dans un seul commerce, est basée sur les frais encourus pour une famille de quatre personnes pour sept jours. Elle a démontré qu’« en moyenne, les gens paient 1,37 fois plus cher leur épicerie version sans gluten par rapport à la facture dite ordinaire. C’est beaucoup plus onéreux! S’alimenter sans gluten coûterait ainsi 91,28 $ de plus par semaine à un foyer de quatre personnes. Cette différence pourrait représenter jusqu’à 4 750 $ par année ». Et triste réalité, il y a aussi moins de choix d’aliments SANS GLUTEN sur les tablettes. « Il est plus difficile, voire impossible, de trouver des équivalents SANS GLUTEN sans avoir à visiter plusieurs commerces. Pensons aux filets de poisson pané, aux viennoiseries et à certaines viandes marinées. Il existe peu de formats économiques également. Et pour un même produit avec gluten et l’autre SANS GLUTEN, celui qui n’en contient pas est plus cher et son format est souvent plus petit. » Ces conclusions sont à peu près les mêmes que l’étude Cost, Nutritional Content and Number of Gluten-Free Staple Foods Available in Winnipeg, Manitoba, Canada réalisée cette année. Les aliments SANS GLUTEN s’avèrent plus dispendieux que leurs équivalents, ce qui peut préoccuper financièrement les gens atteints de la maladie cœliaque et leurs proches.


Mais lueur d’espoir, un saut chez certains épiciers a permis de constater que la section autrefois SANS GLUTEN n’existe plus systématiquement. Ces produits sont plutôt dispersés dans les rangées avec tous les autres aliments.


« C’est bien, car des gens non cœliaques peuvent se procurer des produits SANS GLUTEN par inadvertance ou juste pour y goûter, note Mme Lalanne. Ainsi, le volume de vente pourrait augmenter ce qui ferait éventuellement diminuer le prix d’achat. » Un facteur à considérer pour le portefeuille des personnes cœliaques.

 

Le coût des produits céréaliers AVEC GLUTEN (AG) par rapport à ceux SANS GLUTEN (SG)

Les chiffres ne mentent pas… « C’est la catégorie qui note la plus grande différence de coûts, affirme Catherine Boyer. Les produits céréaliers sont jusqu’à 2,2 fois plus dispendieux pour le SANS GLUTEN alors que dans les autres catégories d’aliments, l’écart apparaît moins élevé. »

 

 

aliments AG

aliments SG

Pain (2 X 500 g)

6,40 $

17,60 $

Farine (2,5 kg)

6 $

27,50 $

Céréales (440 g)

4 $

7,94 $

Pâtes (900 g)

1,80 $

6,94 $

 

Les avantages de l’allocation pour les adultes

Les démarches entamées quant au maintien d’une allocation fixe pour les plus de 18 ans se poursuivent. « La solution proposée faciliterait l’accès au traitement et réduirait la pression sur le système de santé », précise Edith Lalanne. Les avantages sont nombreux :

  • permettre un traitement équitable, peu importe l’âge, le revenu et le statut social;
  • donner un accès véritable au seul traitement de la maladie et une meilleure prise en charge autonome par le patient;
  • réduire les coûts totaux du système de santé et l’achalandage (dus à une mauvaise alimentation, aux troubles alimentaires, à la dépression, aux arrêts de travail, aux visites régulières à l’hôpital…);
  • simplifier le processus de remboursement du traitement pour toutes les parties;
  • correspondre aux valeurs du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et proposer une gestion et une prévention efficaces de la maladie;
  • aider notamment les personnes plus vulnérables à traiter cette maladie (familles à faible revenu, personnes âgées…); situer le Québec parmi les juridictions qui soignent vraiment ce type de patient.

 

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